Le Genepi Belgique veut décloisonner la prison. Pour cela il mène des action en détention et des actions de sensibilisation des publics à la question carcérale. Mais avant tout, le Genepi Belgique est une formation pour ses membres.
D’où vient-on ?
Le génépi est une plante qui pousse en altitude notamment dans les régions de l’Europe centrale et méridionale. On se sert du génépi pour aromatiser un alcool dès lors homonyme.
Le seul rapport avec l’acronyme G.E.N.E.P.I. est sans doute qu’un petit plaisantin élyséen s’est plu à faire un jeu de mot.
En France, le Genepi…
Dans les années 1970, en France, les personnes détenues mènent une lutte sociale très intense contre leurs conditions de détention. De nombreuses émeutes éclosent dans les prisons. Ainsi, cette montée en puissance des revendications et des actions menées par les personnes incarcérées et d’autres citoyen·nes qui entendent concerner le peuple de France à la question carcérale, participent à ouvrir un débat public. Et la répression brutale menée par l’état peine à diminuer l’ampleur du mouvement. Si bien que le gouvernement de Valery Giscard d’Estaing fini par devoir transiger et prendre en considération une partie des revendications portée par ce mouvement qui débordait bien au-delà des murs des prisons.
C’est dans ce contexte et suite aux violentes émeutes de l’été 1975 que Lionel Stoléru, conseiller du Président de la République, se voit confier la mission d’obtenir du monde étudiant qu’il mette en place une association qui proposerait des formations à destination des personnes incarcérées en vue de favoriser leur réinsertion. Ainsi, en mai 1976, une association du nom de G.E.N.E.P.I. voit le jour, l’acronyme signifiant « Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées ».
Ce G.E.N.E.P.I. interviendra dans presque toutes les prisons de France. Accumulant un savoir inestimable sur le monde carcéral, une expérience dense et très large en matière de prison mais aussi en terme de méthode, de pensée sociopolitique et associative. Et fort de cette expérience, depuis 1981, le G.E.N.E.P.I. prend des positions publiques qu’il regroupe dans ses ADAGES et qui transforme considérablement ses pratiques et ses approches.
Lors de ses Assises de 2014, l’association décide de vider l’acronyme G.E.N.E.P.I. de sa signification originelle et de se renommer sobrement Genepi. Et dans le même mouvement, qui allait croissant depuis le tournant du siècle, le désormais Genepi révise son objet social. Il s’agit de « participer au décloisonnement de la prison en établissant un lien entre les personnes incarcérées et le monde extérieur ».
En Belgique, le Genepi... le génépi ne pousse pas, le Genepi si !
Des étudiant·es de plusieurs universités, des enseignant·es et des chercheur·ses en criminologie, droit, sciences psychologiques, sciences sociales, des travailleur·ses du monde carcéral et péricarcéral, des ex-personnes détenues, des travailleur·ses sociaux·ales, cherchaient depuis longtemps à pallier ce manque cruel d’une cohérence dans l’action à l’égard de la prison et à propos de la prison.
Les années 2000 et 2010 ont été celles d’une intensification des collaborations entre des intervenant·es dans les prisons de Belgique et les membres du Genepi France. Et l’on entendait çà et là, pousser cette envie qu’un Genepi existe aussi en Belgique. Des échanges, de plus en plus soutenus, ont été menés avec le Genepi France. Et depuis 2016, un travail de contacts avec des universités et des acteur·trices de l’intervention sociale en prison s’est systématisé. Et de ces rencontres, la volonté claire de fonder un Genepi en Belgique s’est affirmée.
Un texte est passé de mains en mains et a été maintes fois amendé. Le 7 mars 2017 une Charte du Genepi Belgique est adoptée lors d’une réunion d’un auto-proclamée « Comité de pilotage » du Genepi Belgique. Parallèlement, trois groupes locaux voient le jour, réunissant une soixantaine d’étudiant·es et de chercheur·ses dans trois universités. Les responsables de ces groupes locaux, les membres du Comité de pilotage, en collaboration avec les services juridiques et d’audit interne de plusieurs universités, fabriquent les statuts d’une association faitière qui verra le jour officiellement le 24 novembre 2018 lors d’une Assemblée constituante. C’est le 22 mars 2019 que l’ASBL Genepi Belgique voit le jour (voir les statuts ici.).
Le Genepi Belgique, comme son aïeul français, a pour vocation de participer au décloisonnement de la prison en établissant un lien entre les personnes incarcérées et le monde extérieur. Il œuvre essentiellement dans deux directions : en menant des actions en détention et en menant des actions de sensibilisation du public à propos de la prison.
Dans le but de renforcer le réseau péricarcéral des associations qui interviennent en prison, mais aussi de permettre à ses membres de bénéficier de l’expérience accumulée au sein du Genepi, ce dernier organise une formation à l’intervention sociale et culturelle en prison à l’issue de laquelle il offre une formation continue à ses membres.
C’est une belle aventure. Quels que soient notre origine, notre niveau d’instruction, notre connaissance ou notre absence de connaissance du monde carcéral, en tant que citoyen·ne.s la prison nous concerne tous et toutes.
Rejoignez le Genepi Belgique !
Retrouvez ici :
– La charte du Genepi Belgique
– Les statuts déposés au Moniteur belge
